Poitiers : « murs insuffisants » ne veut pas dire la même chose selon l'âge du bâtiment

Le Clain à Tison, à Poitiers
Jmdigne / CC BY 4.0

En bref

À Poitiers, parmi les logements aux murs jugés insuffisants, ceux d'avant 1948 affichent 18,2 % de passoires et 0,9 % de classes A ou B, quand ceux de 1948-1974 sont à 7,7 % de passoires et 8,5 % de classes A ou B. La même mention, deux réalités.

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Une mention qui inquiète, et qui mérite un contexte

Sur les 37 328 diagnostics réalisés à Poitiers, 17 374 portent la mention « isolation des murs insuffisante », soit 47 % du parc.

C'est la ligne du rapport qui inquiète le plus les vendeurs, parce qu'elle semble annoncer des travaux lourds. Prise isolément, elle donne d'ailleurs un chiffre préoccupant : ce segment affiche 10,1 % de passoires, le double de la moyenne communale.

Mais en croisant cette mention avec l'année de construction, on découvre qu'elle recouvre deux situations très différentes, qui n'appellent ni le même diagnostic ni les mêmes travaux.

Sur le bâti d'avant 1948 : un vrai problème

Parmi les logements poitevins antérieurs à 1948 dont les murs sont insuffisants, 5 519 diagnostics, le taux de passoires atteint 18,2 %, et les classes A ou B se limitent à 0,9 %.

Près d'un sur cinq est donc une passoire, et le haut du tableau est pratiquement fermé.

Ici, la mention désigne ce qu'elle semble désigner : des murs en pierre ou en moellon non doublés, dans un bâti compact mais très déperditif, souvent situé en secteur sauvegardé où l'isolation extérieure n'est pas envisageable. Le problème est réel et il est difficile à traiter.

Sur le bâti d'après-guerre : un signal beaucoup plus faible

Parmi les logements de 1948-1974 portant la même mention (8 609 diagnostics, le segment le plus nombreux de la ville) le taux de passoires tombe à 7,7 %, et 8,5 % atteignent les classes A ou B.

Huit fois plus de bonnes étiquettes que sur l'ancien, avec exactement la même mention au diagnostic.

Deux facteurs l'expliquent. Ces immeubles sont plus compacts et comportent beaucoup de logements intermédiaires, moins exposés. Et surtout, une grande partie d'entre eux est raccordée au réseau de chaleur, qui compense largement le défaut d'enveloppe.

Le réseau de chaleur, facteur de compensation

Le rôle du réseau poitevin est central pour comprendre ce résultat. Il dessert 8 598 logements, soit 23 % du parc diagnostiqué.

Il affiche 0,4 % de passoires, 16,1 % de classes A ou B, et surtout 2,1 % de classes E seulement : le taux le plus bas que nous ayons relevé sur ce critère.

À comparer aux 12 661 logements au gaz naturel, à 6,5 % de passoires et 18,0 % de classes E. Le réseau ne se contente pas d'éviter la passoire : il vide aussi le ventre mou du parc. Son contenu carbone évolue et se vérifie auprès du gestionnaire.

Ce que cela change pour vos travaux

La distinction a une conséquence pratique directe.

Si votre logement est ancien et porte cette mention, l'isolation est le sujet principal et l'arbitrage est difficile : intérieur, toiture ou menuiseries, selon ce que le bâti et les règles d'urbanisme permettent.

S'il date des années 1950 à 1970 et qu'il est raccordé au réseau, la mention est moins déterminante qu'elle n'en a l'air : votre classe dépend déjà largement d'autre chose. Isoler restera bénéfique, mais l'urgence n'est pas la même, et le retour sur investissement sera plus long.

Un audit énergétique sert précisément à distinguer ces deux cas avant de porter un projet en assemblée de copropriété.

Le fioul, la seule urgence absolue

Un segment échappe à toute nuance. Les 528 logements poitevins chauffés au fioul domestique affichent 55,7 % de passoires et 30,5 % de classes E.

Plus de huit sur dix se situent sous la classe D, dans une ville dont la moyenne est de 5,0 %.

Quel que soit l'état des murs, ce segment appelle une conversion avant tout autre travail. C'est le seul cas où le mode de chauffage prime clairement sur l'enveloppe dans l'ordre des priorités.

Les maisons, en dehors du dispositif collectif

La répartition par type de bien montre qui ne bénéficie d'aucune compensation. Les 5 647 maisons diagnostiquées à Poitiers affichent 10,6 % de passoires et 3,0 % de classes A ou B.

Les 30 286 appartements sont à 3,8 % et 6,2 %. Les 1 395 immeubles entiers, à 8,4 % et 2,4 %.

Le réseau dessert par nature les immeubles collectifs. Pour une maison, la mention « murs insuffisants » garde donc tout son poids, quelle que soit l'époque de construction : il n'y a pas de facteur extérieur pour l'atténuer.

Ce que nous conseillons avant de vendre

Lisez la mention relative aux murs en même temps que l'année de construction et le mode de chauffage : seule cette combinaison vous dit ce qu'elle signifie chez vous.

Si vous vendez une maison ancienne, c'est le sujet à traiter en priorité. Si vous vendez un appartement raccordé au réseau, elle pèsera nettement moins sur votre étiquette.

Établissez l'année de construction, qui commande le constat plomb pour les biens antérieurs à 1949, nombreux dans le centre, et le repérage amiante pour ceux d'avant juillet 1997. À Poitiers, l'état parasitaire relatif aux termites est également requis. Le reste suit le dossier de vente, avec l'état des risques à vérifier par adresse : le Clain, la Boivre et les cavités concernent des secteurs précis.

Questions fréquentes

« Murs insuffisants » signifie-t-il que je suis une passoire ?

Pas nécessairement, et cela dépend de l'âge du bâtiment. À Poitiers, cette mention correspond à 18,2 % de passoires sur le bâti d'avant 1948, mais à 7,7 % seulement sur celui de 1948-1974, qui atteint même 8,5 % de classes A ou B.

Pourquoi le bâti d'après-guerre s'en sort-il mieux ?

Deux raisons : ces immeubles sont plus compacts, avec beaucoup de logements intermédiaires moins exposés, et une grande partie est raccordée au réseau de chaleur, qui compense largement le défaut d'enveloppe.

Que vaut le réseau de chaleur poitevin ?

0,4 % de passoires, 16,1 % de classes A ou B et surtout 2,1 % de classes E sur 8 598 logements. C'est le taux de classes E le plus bas que nous ayons relevé : le réseau vide aussi le ventre mou du parc.

Dois-je isoler malgré tout ?

Oui, mais l'urgence diffère. Sur un logement ancien, c'est le sujet principal. Sur un logement des années 1950-1970 raccordé au réseau, le gain sera réel mais le retour sur investissement plus long.

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